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lundi 27 février 2006, 21h18
Je pensais qu’un bracelet, ce ne serait pas une bonne idée. Je n’y connais rien en bijoux. Je n’en porte pas, on ne m’en a jamais offert. Pourtant, un garçon avec une chaîne autour du cou… Mon frangin avait proposé ça sans grande conviction, alors je flippais. Une journée pour trouver dans les rues glaciales de Montbéliard, ça s’annonçait aussi désespéré qu’interminable.
Pourtant je me suis laissé persuader, toujours un peu anxieux. Première boutique, le choix est plus large que je ne l’aurais imaginé. Les prix plus élevés, aussi, mais notre budget devrait suffire. Les bracelets à deux couleurs nous séduisent plus. Plutôt discret si possible, pas trop pétasse post-adolescente non plus… J’en aperçois un dans la vitrine. Deux chaînes jumelles, un filet d’or et un filet d’or blanc. Mon frère est enthousiaste. On finit par le prendre. On décide d’ajouter une plante, une composition de chez son fleuriste habituel. Pour finir, ça ressemble à quelque chose, je suis content.
Le lendemain, au retour de la messe, elle trouve le bouquet sur la table de la cuisine. Première surprise, elle est ravie. Déjà que ma carte d’anniversaire trônait sur la commode du couloir, elle est même assortie au nouveau papier peint. Au restaurant, avant le dessert d’un repas d’ores et déjà délicieux, je fait mine de trouver un écrin dans ma sacoche. En le lui tendant : « Tu ne saurais pas ce que c’est, toi ? — Oh, mais vous êtes fous, qu’est-ce que vous avez encore acheté… » Il semble lui plaire. Il va rejoindre le bracelet de la quarantaine, offert par mon père et mes grands-parents. Désormais elle a ses deux fils autour du poignet.
Au tarot de Marseille, j’aurais tiré la treizième carte. Étrangement, ma vie actuelle égrène les deuils, symboliques ou littéraux, futiles ou plus profonds. Nicole bien sûr, et bientôt la grand-mère de ma cousine. Suivent les souvenirs. Estelle, chez mes parents ; Annie, quand je m’imagine futur enseignant ; Mathias, sur le campus, le long de la rivière. Les soucis pour mon père et sa santé désormais chancelante, ainsi que pour le père d’une amie. Il y a aussi mes lectures et ce que je vois à la télé. Encore ce soir, Les Corps impatients, et les échos de Son frère et du Temps qui reste. Il y a quelques semaines, ces êtres mourant sous nos yeux chaque soir sur Arte, une émission sur les soins palliatifs en Allemagne, cette institutrice à la retraite aux yeux si brillants, bouleversante de vie à la veille de sa mort. Le deuil de l’amour, du désir éconduit, la première ou la dernière fois, dans l’enfance, au lycée, il y a deux semaines. Le deuil de la sexualité, à l’heure où je dois m’assagir pour des raisons bien prosaïques, le deuil de ses sirènes trompeuses aussi. L’ombre mystérieuse de Dustan au détour d’un blog. Les photos de Guibert, Guibert qui mène à Pierre, et Pierre à son père. Entertainment de Thomas. Edmund White et ses amants défunts dans la Symphonie des adieux, enfin juste et touchant après deux tomes assommants. Cela va jusqu’à mon ordinateur qui décide de m’abandonner, ultime malédiction, bien dérisoire il est vrai.